En montant sur la pelouse en fin de match, le 3 mars dernier, contre la Croatie avec le maillot de l'équipe de France, Djibril Cissé a mis fin à 22 mois de purgatoire. Ce retour sous les feux de l'actualité, c'est en Grèce que le buteur est allé le forger. Plus précisément au Panathinaikos, l'adversaire du Standard jeudi soir, en huitièmes de finale de l'Europa League.
Le 27 mai 2008, en s'échappant de Tignes en hélicoptère, le buteur avait signé son divorce avec les Bleus. Raymond Domenech venait en effet de le cocher dans sa liste des sept exclus de la sélection pour l'Euro se déroulant en Autriche et en Suisse. Mais c'est le même entraîneur hautement controversé dans l'Hexagone (pour le dire gentiment), qui a de nouveau fait appel à lui.
Ce retour sous les feux de l'actualité, c'est en Grèce que le buteur est allé le forger. Plus précisément au Panathinaikos, l'adversaire du Standard jeudi soir, en huitièmes de finale de l'Europa League. Grâce aux ailes tatouées dans son dos, Cissé y a repris son envol. En 25 rencontres de championnat, il a déjà inscrit 21 buts. Il est de loin le meilleur réalisateur du championnat hellénique puisque son suivant immédiat est calé à 10 buts. Son nom ? Benjamin Onwuachi qui joue à Kavala. Onwuachi ? C'est bien lui, cet attaquant nigérian ayant revêtu le maillot du Standard lors de la saison 2005-2006. Enfin, c'est un bien grand mot puisqu'il n'a pas joué une seule minute officielle avec la vareuse rouche ! De là à sous-estimer le championnat grec dans lequel Cissé brille de mille feux ?
« Beaucoup ne donnaient pas cher de ma peau. Mais je suis content et sans paraître prétentieux, je crois ne pas m'être trompé en rejoignant le Panathinaikos. C'était réfléchi » a expliqué l'extravagant attaquant français dont la notoriété s'était répandue jusqu'aux supporters grecs avant même son premier match. En effet, à son arrivée à l'aéroport d'Athènes le 25 juin 2009 à bord du jet privé du président Nikolas Pateras, il fut accueilli par 3.000 personnes. Pourquoi un tel engouement ?
Tout simplement parce que Djibril Cissé est un personnage dont on a forcément dû entendre parler à un moment où l'autre. Les « amateurs d'art » ne peuvent rester insensibles devant sa plastique irréprochable qui correspond à merveille à celle des Dieux du stade. Dans les pages people des magazines, c'est le côté extravagant d'un personnage aux multiples tatouages, aux cheveux peroxydé ou colorés (« mais tout cela est fini »), qui fait l'actualité au point de se prendre pour un acteur en tournant dans Taxi 4. Cissé, c'est aussi un look et des métamorphoses. « Il a l'image d'un gars super-extraverti, mais c'est avant tout quelqu'un de gentil, explique Olivier Dacourt qui a joué avec lui en équipe de France. Je me souviens d'un entraînement juste avant l'Euro où Thuram lui avait mis un tacle incroyable. Djibril s'était relevé sans rien dire. Avec un autre joueur, cela aurait tourné à la bagarre générale ».
Les âmes sensibles, elles, se souviennent d'images fortes liées à des blessures qui ont privé le dernier né d'une famille ivoirienne de sept enfants d'un an de football puisqu'il a été deux fois victime d'une double fracture tibia-péroné. Le 30 octobre 2004, l'attaquant des Reds se brisait la jambe gauche à Blackburn pour ne retrouver les pelouses qu'en avril 2005. Un an plus tard, le 7 juin 2006, à la veille de s'envoler pour disputer la Coupe du monde, c'est la jambe droite cette fois qui craquait lors d'un contact avec le Chinois Zheng Zhi. Et de nouveau six mois d'indisponibilité traversés à force de courage et de caractère. Une double période qu'il peut désormais appréhender avec humour.
« Les médecins pensent que mes os ne sont pas assez flexibles, expliquait-il récemment. Plutôt que d'absorber les chocs en souplesse, ils cassent. C'est pénible. Je sonne dans les portiques de sécurité des aéroports. Et à chaque fois, il faut que je m'explique ».
Les sportifs, enfin, retiennent le parcours de footballeur de ce fils d'un ancien international ivoirien. Né à Arles où il a commencé à taper dans le ballon dans la rue, repéré par Nîmes à 11 ans puis par Auxerre ses 14 printemps venus, Djibril Cissé, lancé par Guy Roux, a fait sa première apparition en Ligue 1 à 17 ans. Mais même s'il devient champion d'Europe des moins de 18 ans, il devra encore attendre un an avant d'inscrire son premier but, le 5 août 2000, à Metz.
La machine à marquer se met alors en route. Meilleur réalisateur de l'Hexagone en 2002 (22 buts comme Pauletta) et en 2004 (26 buts), Cissé émigre à Liverpool pour 21 millions d'euros. A Anfield, il empoche annuellement six millions. Avant de revenir en France deux saisons plus tard et de recevoir à l'Olympique de Marseille, où il est d'abord prêté avant d'être transféré pour 9 millions, un salaire annuel de 4,8 millions bruts. Cissé est le joueur le mieux payé du championnat de France. Les supporters le savent et malgré 24 buts inscrits en un an et demi (il n'a pas joué durant les six premiers mois en raison de sa deuxième fracture à la jambe), il est conspué par une partie du stade-vélodrome.
C'est la rupture, un prêt à Sunderland et un atterrissage « forcé » à Athènes pour 8 millions.
« Son parcours démontre qu'il a pris la bonne décision en allant en Grèce, prévient encore Olivier Dacourt, aujourd'hui définitivement parti à la retraite. Il est adulé là-bas. Et si j'ai un conseil à donner à mes anciens partenaires, c'est de ne pas lui laisser le moindre espace. Croyez-moi, quand Cissé est devant le but, il est très adroit. C'est le prototype de joueur qui n'a pas d'équivalent en Belgique. D'autant que, moralement, pour se relever après deux graves blessures, il faut être un monstre ».
Un « monstre » à qui le Standard ne fait pas peur. Reste à voir si les défenseurs liégeois auront le même sentiment à son égard au moment de croiser l'attaquant français sur la pelouse.
jeudi 11 mars 2010