L’échec scolaire de la population immigrée en France est au centre de tous les débats depuis des décennies. Au collège, les jeunes français issus des minorités visibles se voient proposer un cycle d’études dans leur « intérêt » par le corps enseignant : CAP, brevet professionnel ou bac technique… Bref, que des carrières courtes !
Pour former les adultes de demain et leur garantir un travail à la fin d’une courte scolarité, les responsables d’orientation au collège et avec l’aval des parents souvent désemparés, mal informés ou analphabètes, proposent à ces jeunes des formations dans la menuiserie, l’électricité, la plomberie ou autres métiers manuels. Aux plus récalcitrants, le responsable pédagogique rappelle que Jésus était charpentier. Quel leurre !
Ces orientations sont loin du pacte républicain qui accorde à tous les enfants les mêmes chances de réussites et du libre choix d’un métier. Depuis toujours, nos bons fonctionnaires de l’éducation nationale ont mis en place un système de discrimination très bien huilé. Cette discrimination conventionnelle et bien rodée ne s’applique qu’aux plus faibles, c’est-à-dire aux jeunes français issus de l’immigration ( noir et arabe). Certes, ce discours ségrégationniste s’appliquait déjà au siècle dernier aux vaillants fils de paysans. Mais, il n’est plus tolérable de nos jours.
Le principal de collège ou le responsable d’orientation ont toujours appliqué, consciemment ou pas, ces principes. Ils en portent la responsabilité. Ils ont mis en application une politique dictée par le pouvoir politique. Mais, ce qui est choquant dans le comportement de ces enseignants, c’est leur complicité passive avec une politique qu’ils sont supposés combattre. En effet, les syndicats de l’enseignement votent traditionnellement à gauche. Ces syndicats « progressistes » dans leur majorité n’ont jamais dénoncé cette voie de garage où ils confinent les minorités.
L’école a vocation à apprendre à l’enfant les valeurs et le savoir. Mais, la réalité est tout autre. Les fils d’immigrés trainent en eux l’amertume, le dégoût et l’échec. Un échec qui les poursuit toute la vie dans une société qui ne veut pas d’eux. L’accumulation des échecs est mise au compte de l’inadaptation, d’un niveau trop bas et du manque de soutien des parents désœuvrés. Si certains handicaps sont certes réels, ils n’expliquent pas le taux élevé d’échec dans cette couche de population.
Nos pédagogues auraient dû prévoir que ces injustices criardes et systématiquement répétées depuis des lustres conduiraient à un conflit générationnel. En effet, le jeune immigré supporte mal aujourd’hui qu’on lui propose de suivre des études courtes, synonymes de voie de garage. Il supporte mal les barrières dressées vers les filières normales qui conduisent à un bac général. Il rêve comme tout français d’intégrer une classe préparatoire et de postuler vers les écoles d’excellences.
Ce sentiment de frustration est à l’origine des violences sociales aujourd’hui. Les responsables d’orientation des collèges et des lycées n’ont toujours pas conscience de leur responsabilité. Ils incriminent à tort les parents ou les politiques d’être les seuls responsables de cette violence. Mais, que non ! L’échec scolaire vient de ces stigmatisations primaires qui conduisent vers les classes poubelles ces jeunes français. Aucune chance ne leur est accordée, aucun espoir de sortie. La galère commence ici et finit par la violence, la drogue, l’incivisme et la prison.
L’équilibre social est très lié à la réussite scolaire ("Celui qui ouvre une porte d'école ferme une prison. Victor Hugo)". Celle-ci est source d’équilibre et de climat sain dans les cités. En mettant fin à la discrimination d’orientation, les jeunes issus de l’immigration peuvent alors envisager un parcours scolaire normal qui brisera en aval la discrimination à l’embauche. Le système scolaire français peut ainsi faire l’économie d’une politique de discrimination positive grippée. Ce qui est aussi condamnable dans le système actuel, c’est que la brillante réussite scolaire d’une catégorie de personne n’est jamais reconnue dans le monde du travail. D’où l’expression crever « le plafond de verre » que j’emprunte à Tidjane Thiam. Un plafond de verre qui institue une société très inégalitaire et dont le seul mérite est lié à la couleur de la peau. La France pourrait-elle s’inspirer du pragmatisme britannique?
J’accuse le collège d’être responsable d’une dérive séculaire dont il ne veut reconnaître la responsabilité. Le civisme au collège passe aussi par le rappel de l’universalité des droits du citoyen qui sont indivisibles et communs à tous les français.
jeudi 4 mars 2010