Le Nigeria : sanctionner les auteurs de massacres

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Le Nigeria doit traduire en justice les personnes responsables d'un massacre perpétré ce week-end dans l'Etat du Plateau, et il doit régler les problèmes de pauvreté et de discrimination pour mettre fin aux violences qui y opposent les musulmans du Nord et les chrétiens du Sud, affirment des mouvements de défense des droits de l'homme et des diplomates.

Les Nations unies, les Etats-Unis, Human Rights Watch et des hommes politiques d'opposition ont exhorté les autorités nigérianes à traduire en justice les responsables d'attaques qui ont fait des centaines de morts dans trois villages chrétiens, selon certaines estimations.

Les habitants de Dogo Nahawa, Zot et Ratsat, à une quinzaine de km au sud de Jos, principale ville du Plateau, ont enterré lundi des dizaines de victimes des attaques, parmi lesquelles des femmes et des enfants.
Ces attaques, qu'ils imputent à des éleveurs musulmans, ont apparemment été lancées en représailles à quatre jours de violences qui ont coûté la vie en janvier à des centaines de personnes dans la région de Jos, dont bon nombre dans la localité majoritairement musulmane de Kuru Karama.

"Une meilleure sécurité est bien sûr vitale, mais ce serait une erreur que de décrire ceci comme des violences purement confessionnelles ou ethniques et de traiter ceci uniquement comme une question sécuritaire", a déclaré Navi Pillay, haut commissaire aux droits de l'Homme.

"Ce qui est le plus nécessaire c'est un effort concerté pour traiter les causes sous-jacentes de ces flambées répétées de violences ethniques et religieuses qui ont éclaté au Nigeria ces dernières années, à savoir la discrimination, la pauvreté et les querelles foncières".

IMPUNITÉ

Le massacre est intervenu à un moment délicat, alors que Goodluck Jonathan, qui assure l'intérim pendant la convalescence du président Umaru Yar'Adua, s'efforce d'affirmer son autorité.

Jonathan a déployé des troupes pour mettre fin aux troubles de janvier et a promis de traduire en justice tous ceux qui auraient "ourdi, encouragé ou attisé" les violences.

Mais un couvre-feu du crépuscule à l'aube était toujours en place dimanche au moment de l'attaque.

Selon Human Rights Watch, le déploiement de l'armée s'est limité aux routes principales, sans protéger les petites communautés. L'ONG basée aux Etats-Unis réclame une enquête crédible sur ce qu'elle présente comme le massacre d'au moins 200 chrétiens.

Le gouverneur du Plateau, Jonah Jang, a reproché aux militaires de n'avoir pas tenu compte de ses mises en garde concernant des mouvements d'hommes armés signalés par des villageois peu avant les attaques.

Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a exhorté les dirigeants politiques et religieux à rechercher une "solution permanente" à la crise à Jos. Les Etats-Unis ont invité le gouvernement à faire en sorte que les responsables soient traduits en justice "de manière transparente".

Le Plateau se trouve à la limite entre le Nord musulman et le Sud chrétien. Les groupes indigènes et les colons du Nord s'y disputent le contrôle de terres fertiles.

"Les tueries sont plus politiques que religieuses (...) Le problème incombe au gouvernement. Il a le pouvoir d'arrêter et d'engager des poursuites. Il a la capacité et les ressources pour recueillir des renseignements", a déclaré le parti d'opposition Action Congress en réclamant des "actes concrets".
Mohammed Lerama, porte-parole de la police, a dit que 93 personnes avaient été arrêtées après les violences de dimanche.

Mais, selon les autorités locales, bon nombre des responsables des tueries de janvier étaient des personnes déjà interpellées, mais jamais poursuivies, après des troubles similaires en novembre 2008.

De nombreuses prisons nigérianes sont surpeuplées et le système judiciaire surchargé, de sorte qu'il n'est pas rare que des communautés se rendent justice elles-mêmes en rejetant leurs actes sur la faiblesse du système judiciaire nigérian.

mercredi 10 mars 2010

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