Vous avez dit intellectuel ? Mon œil !
Par Michel Etame Lobe

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L’Afrique fête en cette année 2010 ses cinquante ans d’indépendance. Mais, que de chemin parcouru entre l’Europe et l’Afrique pour tous les privilégiés de l’époque qui ont bénéficié de bourses d’études ! Médecins, Avocats, Administrateurs, Enseignants, tels étaient les recommandations des parents pour remplacer les colons.

Cinq ans après les indépendances, l’Afrique a vu revenir ses premières élites. L’administration leur était ouverte et comme des enfants prodiges, les premiers intellectuels se sont installés à la place du blanc pour servir leur pays. La fierté des parents était grande et justifiée. Car, il faut le rappeler, les bourses étaient accordées aux plus méritants. Les lendemains de l’indépendance ignoraient encore le favoritisme, le tribalisme, la corruption ou le népotisme. Les Etats étaient jeunes et offraient aux meilleurs les postes libérés. Tout était simple, en somme !

Le retour des intellectuels au bercail n’a pas transformé nos états. Ces messieurs qui maîtrisaient la connaissance ont engagé une course folle vers l’enrichissement personnel. L’impunité aidant, ils ont intégré des cercles ésotériques qui leur conféraient des droits et non des devoirs. L’intellectuel ou à juste titre le diplômé a dévié de sa démarche analytique qui lui aurait permis de distinguer le bien et le mal.

Quel bilan ?

En termes de diplôme, nous pouvons dire aujourd’hui que le bilan est honnête. Il est même satisfaisant en termes d’occupation de postes disponibles. Nous croulons aujourd’hui sous le poids des administrateurs qui sont tous localement formés. Les médecins s’expatrient de plus en plus à la recherche de plus de gain. Les ingénieurs et les agronomes croupissent dans les bureaux tandis que les avocats, les architectes ou les notaires sont toujours en quête de leur reconnaissance.

L’Afrique a vu depuis une cinquantaine de décennies ses enfants gravir les marches des écoles prestigieuses. Cette horde de diplômés sert-elle leur pays ? Que non ! L’Afrique n’a toujours pas décollé économiquement, techniquement ou scientifiquement. Nos intellectuels, bardés des diplômes vivent ou survivent dans des pays où la faim sévit. Mais, en termes de propositions développantes, le bilan est nul. Le manque d’initiatives novatrices plombe le développement de nos pays. Les dernières émeutes de la faim, brisées par une violence policière et militaire sans égal sont une preuve de l’inertie ambiante de ces diplômés accrochés à leurs postes.

Nos diplômés n’ont toujours rien compris. Ils n’ont jamais réfléchi sur les conditions qui font bouger la connaissance et le savoir-faire qui ne sont pas des acquis immuables. Localement, nos écoles se trouvent en queue de liste des institutions qui œuvrent en faveur de l’innovation et pour la flexibilité. Cette tendance doit s’inverser très rapidement. Si ce n’est pas le cas, toute l’Afrique francophone devra pointer dans la liste des « pays pauvres très endettés ».

vendredi 12 mars 2010

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